évolution du maquillage permanent

Jusqu’à récemment, la plupart des instituts avaient pour habitude de sous-traiter les prestations de maquillage permanent à des spécialistes de la dermopigmentation. En effet, la demande de la clientèle était trop ponctuelle pour justifier d’investir dans une formation et du matériel. De plus, la technicité du maquillage permanent rebutait les esthéticiennes, faute de pratique régulière : Comment acquérir une véritable aisance en cabine et être rentable sur ce type de prestations ? Cette opinion est en train de changer. Confrontées à un environnement hyper concurrentiel, les instituts sont en quête de services à valeur ajoutée leur permettant de se démarquer. D’autre part, la demande de la clientèle explose, boostée par l’arrivée de nouvelles techniques sur le marché. Le maquillage permanent : un nouvel eldorado pour les esthéticiennes ? Au cours de mon entretien avec Béatrice De Montbrun, directrice d’un centre de formation et distributrice de la marque Biotek depuis dix ans, nous avons abordé toutes les questions qui peuvent intéresser les professionnelles de l’esthétique qui hésitent à se lancer.

Le maquillage permanent est-il un marché en croissance pour les esthéticiennes ?

Béatrice de Montbrun 

« C’est une évidence, et de nombreux instituts saisissent cette opportunité. La demande en maquillage permanent n’a jamais été aussi forte. De plus, ces prestations sont rentables et, cerise sur le gâteau, elles peuvent faire vivre l’institut toute l’année : il n’y a pas de saison pour le maquillage permanent ! Pour de nombreux instituts, proposer la dermopigmentation à l’institut permet de se différencier et même parfois, d’attirer une nouvelle clientèle. »

Est-ce un avantage d’être esthéticienne pour se spécialiser en maquillage permanent ?

Béatrice de Montbrun 

« D’un point de vue légal, il n’est pas nécessaire d’avoir un diplôme esthétique pour pratiquer la dermopigmentation. Mais c’est évidemment une excellente base. D’une part, les esthéticiennes ont déjà des compétences qui vont les aider pour le dessin et la maitrise des couleurs. En outre, elles ont de solides connaissances sur la peau; or une bonne dermographe doit anticiper le comportement du pigment en fonction de la zone à pigmenter et maitriser l’art de confectionner une nuance en parfaite adéquation avec la carnation et la pilosité de sa cliente. »

Le maquillage permanent existe depuis longtemps : pourquoi ce succès soudain auprès du public ?

Béatrice de Montbrun 

« Aujourd’hui, tout est possible ou presque en matière de maquillage permanent, qu’on soit adepte d’un look apprêté ou naturel. Du coup, la demande s’est considérablement élargie. Nous avons des femmes de tout style qui viennent en institut pour faire de la dermo. Si la technique renait aujourd’hui, c’est aussi parce qu’on ne leur propose plus simplement de reproduire ce qu’elles peuvent faire dans leur salle de bain avec du maquillage classique. Ce n’est plus seulement le côté « longue tenue » qui plait dans le maquillage permanent, mais plutôt la possibilité de corriger des petits défauts naturels de façon imperceptible. Le maquillage permanent peut vraiment mettre en valeur les femmes sans dénaturer leurs traits, et ça, nos clientes l’ont compris. »

Voulez-vous dire que le maquillage permanent a changé d’objectif esthétique ?

Béatrice de Montbrun 

« C’est évident. Bien entendu, on a toujours, parmi nos clientes, des femmes qui veulent avant tout être impeccables du saut du lit au coucher, 365 jours par an. Mais ce qui est nouveau, c’est de faire du « sur-mesure » et d’utiliser la dermo comme une technique esthétique d’embellissement, et non plus simplement comme une technique de maquillage longue durée. La pratique a donc changé. Elle demande des compétences plus diversifiées. Plus les dermographes sont formées, plus elles sont à même de proposer du conseil, d’avoir du recul, et de mixer plusieurs procédés pour valoriser la personnalité d’un visage. »

Quelles sont les prestations phare en maquillage permanent ?

Béatrice de Montbrun 

« Traditionnellement, le maquillage permanent travaille sur deux zones du visage : la bouche et le regard. Les prestations qu’on peut proposer sont l’eye-liner, la restructuration des sourcils, le contour et le remplissage des lèvres. Le grand retour du sourcil bien dessiné a indéniablement stimulé la dermopigmentation. On voit aussi poindre de toutes nouvelles techniques comme la trico pigmentation, la pigmentation de cicatrices anciennes ou la reconstruction des aréoles mammaires, qui sont encore des prestations à la marge mais qui risquent de devenir prochainement un plus gros marché. »

Les appareils de dermopigmentation ont-il évolué ?

Béatrice de Montbrun 

« Oui, les appareils évoluent pour s’adapter à différents profils de dermographes. De plus, les aiguilles deviennent incroyablement fines. Elles nous permettent de réaliser des dessins de plus en plus réalistes avec une effraction minimum et peu – voire pas – de saignements suivant les cas. Chez Biotek, nous avons également un appareil de nouvelle génération qui offre la possibilité, suivant les aiguilles utilisées, de faire du maquillage permanent ou d’effectuer des soins visage avec la technique innovante du micro-needling. Ce double usage en cabine permet aux esthéticiennes d’optimiser l’usage de leur appareil de dermo. »

Peut-on s’engager sur la tenue du maquillage permanent ?

Béatrice de Montbrun 

« Oui, on peut s’engager sur un point : les pigments fabriqués aujourd’hui par les grandes marques du marché comme Biotek sont stables dans le temps – ce qui veut dire qu’ils ne vont pas virer comme on a pu l’observer aux débuts du maquillage permanent (attention, toutefois, aux produits bas de gamme qui n’ont pas forcément la même tenue). Cependant, prévoir avec précision la durée d’un maquillage permanent reste problématique, car de nombreux facteurs entrent en jeu, comme par exemple :

  • la couleur et le type de pigment (par exemple, un pigment organique tiendra moins longtemps qu’un pigment minéral)
  • la technique utilisée par la dermographe (plus la pigmentation est superficielle, plus l’élimination du pigment est rapide)
  • la zone pigmentée (compter environ 3 ans sans retouche au niveau des lèvres, mais 5 ans pour les sourcils et l’eye-liner)
  • les caractéristiques personnelles de la cliente (épaisseur, sécheresse et acidité de la peau)
  • le respect (ou non) des consignes à suivre par la cliente durant la phase de cicatrisation
  • le soleil (une exposition intense favorise l’élimination du pigment)

Et puis, il reste un dernier facteur tout à fait incontrôlable : l’appréciation personnelle de votre cliente !« 

Que voulez-vous dire ?

Béatrice de Montbrun 

« Juste que la notion de « tenue » est différente d’une personne à l’autre. Et puis de quoi parle t-on ? Du moment où la couleur commence à s’affadir un peu ? Ou bien de celui où toute trace de maquillage permanent a disparu ? Ce qui est indéniable, c’est que le maquillage permanent évolue dans le temps. Mais arrivées au même stade, certaines personnes jugeront leur maquillage passé, quand d’autres seront satisfaites d’un trait légèrement « patiné » qui leur paraitra encore plus naturel. C’est pourquoi il est prudent de prendre certaines précautions de langage quand on parle de « tenue » aux clientes. D’une part, en fournissant des explications claires sur ce qui va se passer dans le temps. Et ensuite, en donnant une fourchette plutôt qu’une durée précise. »

Quelle est la tendance actuelle en dermopigmentation ?

Béatrice de Montbrun 

« Les goûts des femmes ont changé en matière de maquillage, et la tendance dominante, actuellement, est de sublimer le naturel. La pigmentation esthétique n’échappe pas à cette évolution. L’époque où le maquillage permanent était voyant date d’une époque où les femmes étaient plus apprêtées et le maquillage, classique ou permanent, plus appuyé. Depuis quelques années, on assiste à l’arrivée de nouvelles techniques ultra réalistes qui correspondent aux nouvelles attentes des consommatrices. En résumé, la mode actuelle en matière de maquillage permanent est au trompe-l’œil qui met en valeur, tout en se faisant oublier… Vous rassurerez vos clientes en prévoyant systématiquement une séance d’information et de dialogue avant d’effectuer toute prestation. Une bonne professionnelle observera toujours la façon dont une cliente se maquille et discutera avec elle pour cerner ses attentes. »

Pourquoi la dermopigmentation est-elle de plus en plus réaliste ?

Béatrice de Montbrun 

« Comme on l’a vu, le maquillage permanent évolue considérablement depuis quelques années. Les dermographes ont à leur disposition des aiguilles toujours plus fines et des pigments toujours plus qualitatifs qui leur permettent de repousser sans cesse les limites du possible. Ainsi, Biotek a lancé un nouveau maquillage de la bouche qui consiste à ourler les lèvres en ajoutant un voile dégradé à l’intérieur. Cette technique révolutionnaire permet d’obtenir un bel effet repulpant, sans démarcation. Quant au sourcil, autre prestation phare en maquillage permanent, c’est en mixant différentes techniques qu’on va réussir à réaliser une restructuration presque indécelable. Par exemple, la technicienne superposera des poils dessinés un à un et un ombrage qui donnera de la profondeur et « floutera » le sourcil. Se former régulièrement à ces nouvelles techniques est indispensable pour rester dans la course ! »

Qu’apporte la dermopigmentation lors d’une reconstruction mammaire ?

Béatrice de Montbrun 

« Le cancer du sein touche encore de nombreuses femmes. Le taux de guérison est important, mais quand le sein doit être enlevé, c’est un véritable drame pour la féminité des malades. Aujourd’hui, un oncologue sait pratiquer une ablation-reconstruction des seins. Cependant, la chirurgie ne peut reproduire l’aréole mammaire. Le maquillage permanent apporte une solution esthétique très satisfaisante en recréant le dégradé rosé-beige et en imitant le « bouton » qui redonne au sein un aspect naturel. Cette technique réparatrice peut également être indiquée pour masquer une dépigmentation de la peau laissée par une cicatrice ancienne. Bien entendu, on parle de savoir-faire pointus : la dermographe qui réalise ces prestations doit être spécialement formée à ces techniques et maîtriser parfaitement la colorimétrie comme l’anatomie cutanée. »

Qu’est-ce que la tricopigmentation ?

Béatrice de Montbrun 

« La toute dernière nouveauté en maquillage permanent s’adresse aux personnes victimes d’alopécie totale ou partielle. Cette technique toute récente, appelée « trico-pigmentation », permet de créer, point à point, un ombrage en trompe l’œil pour combler des barbes et des crânes clairsemés. Contrairement à ce que l’on pense, les femmes sont également concernées, et souvent très complexées par ce problème. Par exemple, certaines femmes présentent des défauts d’implantation. Elles trichent avec leurs cheveux longs, mais s’interdisent certaines coiffures, comme par exemple de se tirer les cheveux en arrière. La tricopigmentation permet de corriger ce type de défaut ou de densifier des zones du cuir chevelu qui se sont clairsemées avec l’âge. Même les hommes, qui peuvent se raser totalement, cherchent des solutions : certaines zones totalement blanches ressortent de façon inesthétique, créant des complexes, notamment lorsque le sujet est jeune. La trico pigmentation reproduit visuellement l’effet d’un crâne rasé la veille. Cet ombrage pratiquement indécelable, réalisé point à point, supprime l’effet « couronne » en recréant une homogénéité sur tout le crâne.  C’est une spécialisation du maquillage permanent qui en est à ses débuts mais devrait connaitre un avenir prometteur au vu du nombre de personnes concernées. »

Existe-t-il des contre-indications à la dermopigmentation ?

Béatrice de Montbrun 

« Effectivement, le maquillage permanent est déconseillée chez certaines personnes, notamment dans les cas suivants :

  • maladies de peau évolutives
  • diabète insulinodépendant
  • acné traitée par Isotrétinoïne
  • boutons de fièvre (herpès labial)
  • allergies à certains composants (un test peut être conseillé en cas de doute)

Par précaution, on évitera également de réaliser une dermopigmentation sur une femme enceinte, car toute complication infectieuse ou allergique, même bénigne, pourrait avoir des conséquences graves.

Enfin, la restriction peut concerner une zone en particulier. Par exemple, on ne pratiquera pas de dermopigmentation sur une bouche ayant subi des injections de silicone, sur une lésion ou sur un grain de beauté. »

Quels sont les risques spécifiques à la pratique du maquillage permanent ?

Béatrice de Montbrun 

« Dès qu’il y a effraction cutanée, il y a risque d’infection si on ne respecte pas des conditions  d’hygiène strictes. Ces règles incluent, notamment, des obligations concernant la cabine où sont réalisées les prestations et l’usage de matériel stérile à usage unique. Toutes ces procédures font l’objet d’une formation obligatoire dite »hygiène et sécurité », d’une durée de trois jours, qui est prise en charge par les OPCA et FAFCEA. Il faut également s’assurer que la cliente ne présente pas a priori de contre-indications connue à la dermopigmentation. Enfin, il existe toujours un risque d’allergie aux produits utilisés pour le maquillage permanent. C’est pourquoi, toute professionnelle de l’esthétique pratiquant le maquillage permanent doit s’assurer d’acheter des produits conformes à la législation, testés et enregistrés sur le portail Européen, qui pourront immédiatement être identifiés en cas de complication. D’autre part, il faut toujours se rapprocher de son assurance professionnelle de manière à inclure cette pratique dans la liste des prestations assurées. »

Quelles précautions conseiller aux clientes après un maquillage permanent ?

Béatrice de Montbrun 

« La cliente doit veiller à respecter des règles d’hygiène corporelles strictes incluant des soins locaux. Par exemple, l’application d’une solution antiseptique est recommandée durant les premiers jours après l’acte. Par ailleurs, l’exposition à certains environnements peut être déconseillée (eau, soleil, UV etc.). Ces préconisations sont données aux clientes avant de pratiquer toute prestation. Il s’agit d’une obligation imposée par la législation, car il s’agit d’un facteur important de la durée et de la qualité de la cicatrisation. »

Conclusion

Le maquillage permanent fait partie des techniques esthétiques qui connaissent actuellement une révolution. Cette spécialisation permet aux esthéticiennes qui aiment le maquillage de révéler la beauté de leurs clientes sans dénaturer leurs traits, grâce à des techniques hyper réalistes de plus en plus pointues. En outre, les nouvelles applications comme la tricopigmentation ouvrent des perspectives de marché intéressantes à celles qui souhaitent se différencier. Pour une esthéticienne qui veut se lancer dans le maquillage permanent, rappelons en guise de conclusion qu’il existe 6 obligations :

  • accomplir la formation hygiène et sécurité auprès d’un centre de formation agréé (*)
  • exercer dans un local approprié pour le maquillage permanent (*)
  • respecter les obligations concernant la gestion des déchets
  • déclarer cette activité en préfecture (*)
  • respecter vos obligations d’information préalable aux clientes concernant les risques encourus et les précautions à prendre suite à un maquillage permanent (*)
  • ne pas pratiquer de maquillage permanent sur des personnes mineures (sauf avec le consentement écrit des parents)

(*) Vous pouvez approfondir ce sujet en lisant cet autre article sur le site : Maquillage permanent et Microblading, où en est la réglementation ?

Estheticienne.pro remercie Béatrice de Montbrun pour son aimable participation à cet article.

D’autres questions sur le maquillage permanent ? Une expérience à relater ? C’est le moment de laisser un commentaire ci-dessous, ou de dialoguer directement sur la page Facebook pro du site.

 

 

 

 

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