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La logo mania se propage jusque sur les ongles

Les logos sont partout. Chanel, Gucci, Vuitton, Prada : si votre clientèle est adepte de nail art, on vous a surement déjà demandé de créer ces petits sigles à l’effigie de marques de luxe. Autre tendance très en vogue dans la déco d’ongles : les héros de films cultes, de dessins animés ou de mangas. Parmi les personnages les plus demandés, on trouve la Reine des Neiges, les Minions ou les Marvel, dont on peut facilement acheter des autocollants prêts à utiliser sur Internet. Mais au fait, est-il légal de reproduire des logos de marques ou des personnages de dessins animés sur des ongles ? Eh bien, la réponse dépend de l’usage que vous en faites. Explications.

La protection intellectuelle des images

La France est l’un des pays qui respecte le plus la propriété intellectuelle. Lorsqu’une image ou une illustration est crée, comme un logo de marque par exemple, elle tombe automatiquement sous le droit d’auteur. Contrairement à d’autres pays comme les Etats Unis, elle n’a même pas besoin d’être déposée pour être protégée. D’ailleurs, utiliser le sigle ® n’est pas obligatoire – a contrario, son absence ne signifie pas que l’œuvre est libre. La législation nationale est très protectrice : l’exploitation des droits appartient à l’auteur durant toute sa vie et jusqu’à 75 ans après sa mort. Elle s’étend même aux héritiers au-delà – ce qui peut faire une durée assez longue ! Autrement dit, avant d’utiliser une image comme un logo, vous devez donc en obtenir l’autorisation.

Dans quelles conditions est-on autorisé à utiliser des images ?

Le droit Français distingue l’usage personnel d’une image (autorisé) et son exploitation commerciale (interdite sans l’accord de l’auteur). En résumé, il n’est toléré de reproduire une image protégée qu’à titre privé, s’il ne s’agit pas d’une activité lucrative. Rien n’interdit donc à vos clientes de peindre elles mêmes le logo de leur choix sur leurs propres ongles. Mais une prothésiste ongulaire qui reproduit des lettres entrelacées à la façon de Gucci, Chanel ou Louis Vuitton, la virgule de Nike ou le crocodile de Lacoste sans l’accord de ces marques peut être poursuivie pour contrefaçon, ce qui est un délit passible d’amendes dissuasives (jusqu’à 300 000 euros) et de dommages intérêts à l’auteur. Il en va de même pour tout motif, dessin ou logo d’un auteur moins connu que vous pourriez reproduire (qui ne sont pas toujours les moins prompts à exercer leurs droits). Afficher fièrement les créations faites sur vos clientes sur internet peut donc vous coûter cher…

Peut-on reproduire des personnages de films sur des ongles ?

De la même façon que les images, les films et tout ce qui s’y rapporte sont protégés, qu’il s’agisse de personnages réels ou fictifs. En résumé, si vous utilisez une image à titre commercial, vous devez donc obtenir préalablement une autorisation écrite de son producteur par un contrat de licence et payer des droits. Lorsqu’il s’agit de Disney, de Pixar, Ubi Soft ou Warner, qui ont les moyens de surveiller ce qui passe sur le net et des armées d’avocats, la possibilité de poursuite est réelle.


Peut-on utiliser les stickers vendus sur internet ?

De nombreux sites commerciaux proposent d’acheter des décorations toutes faites à fixer sur les ongles : stickers, transferts, Fimo etc. Cette solution bien pratique permet d’orner un ou plusieurs ongles d’une touche de fantaisie sans perdre trop de temps à dessiner. Lorsqu’il s’agit de logos de marques ou de héros connus, ces produits sont parfois présentés avec un copyright bien visible sur internet. Est-ce que que cela signifie qu’on peut les utiliser sans risque en clientèle ? Eh bien, la réponse est encore une fois non !

Le copyright protège le site contre toute tentative de reproduction de leurs pages internet ou de leurs produits, mais n’autorise pas à faire un usage commercial des décorations que vous achetez ! Il en va de même des décalcomanies vendus par les marques elles mêmes : leur droit d’utilisation se borne à la sphère privée ! Vous pensez bien que si les licences Disney ou Pixar se revendent si cher, ce n’est pas pour que des sociétés les utilisent en achetant une simple planche de personnages !

Pour ce qui est des formations de nail art (et notamment les formations online), la même limite s’applique. Par exemple, il n’est pas légal de vendre un tuto qui explique comment dessiner Blanche Neige ou Bob l’éponge sur des ongles (ce qui revient à utiliser un personnage protégé par le droit d’auteur pour développer une activité lucrative). Mais vous pouvez faire un live gratuit sur ce thème sur les réseaux sociaux. Subtil, non ? Récemment, la créatrice Ravelry, qui commercialisait des cours en ligne de crochet pour reproduire des personnages de Disney, a été attaquée par la Major et condamnée à cesser.

Peut-on utiliser des images « libres de droit » ?

Vous verrez parfois sur certains sites la mention « image libres de droit ». Cela ne signifie pas pour autant que vous pouvez l’utiliser à votre guise, notamment pour réaliser des nail art en clientèle. Si ces sites sont localisés en Chine ou aux Etats Unis, il est en effet bien possible que l’image soit utilisable dans ces pays, si elle n’est pas déposée, mais pas en France, où la législation est plus protectrice concernant le droit d’auteur et la propriété intellectuelle. Concernant les personnages de dessins animés ou de films, dont les boites de production déposent des copyrights dans tous les pays, toute mention « image libre de droit » est obligatoirement fausse. Soyez vigilante avant d’acheter des planches de modèles sur internet !

Comment se prévaloir du droit à « inspiration et hommage » ?

Si reproduire strictement le héro d’un film ou d’un conte est illégal, s’en inspirer pour créer un nouveau personnage n’est en revanche pas interdit. C’est ce qu’on appelle le droit à « inspiration et hommage ». Savez vous que la compagnie Disney a créé la plupart de ses dessins animés en adaptant des contes médiévaux qui ne lui appartenaient pas ?

D’autres ont suivi. Dans le film « Alice aux pays des merveilles » de Tim Burton, l’univers fantastique et les personnages ont été librement imaginés en référence au conte popularisé par Disney. Idem avec « La véritable histoire du petit Chaperon rouge » de Kanbar ent. Ces films ne sont pas des plagiats. Si le droit « inspiration et hommage » s’applique à leurs personnages, c’est parce qu’ils sont totalement différents de ceux du dessin animé produit par Diney. La preuve ? Ces créations originales deviennent à leur tour des œuvres protégées !

Avec la nouvelle tendance « eye see you », les ongles vont regorger de petits personnages cette saison. Vous aimez les films de légende ? A votre tour de laisser libre cours à votre créativité pour imaginer des nail arts qui seront des clins d’œil à des personnages culte…sans pour autant les copier !

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