maquette N15

Coronavirus et perte d’exploitation : que faire ? La fermeture de tous les commerces prévue jusqu’au 15 avril par décret soulève de grandes inquiétudes parmi les indépendant(e)s de l’esthétique. Gérantes d’instituts, centres de minceur et spas, prothésistes ongulaires, professionnel(le)s à domicile en auto entrepreneurs : toute la filière de la beauté et du soin est impactée de plein fouet au moment même où démarre la saison. Dans les têtes, une seule question : comment faire face aux prochaines échéances de prêt et aux dépenses courantes alors que le chiffre d’affaires ne rentre plus ?

Faire un prévisionnel de trésorerie

Face aux problèmes de trésorerie qui vont découler du confinement, une seule certitude : mieux vaut anticiper. Ne pas prévoir de plan B n’empêche pas les problèmes d’arriver mais vous accule au contraire à plus ou moins brève échéance. Ainsi, la première bonne décision de gestion à prendre est d’établir un prévisionnel de trésorerie pour votre activité sur le prochain mois. Pour cela, nul besoin d’être un as de la comptabilité. Un tableau à deux colonnes (une pour les entrées de mars, une pour les sorties) suffit. L’objectif : connaitre votre besoin de trésorerie à court terme et pouvoir demander de l’aide avant que votre entreprise ne soit en cessation de paiement.

Petit pense-bête des dépenses à lister :

  • salaires
  • charges sociales
  • loyer du local
  • charges locatives
  • prélèvements divers (assurances, expert comptable, frais bancaires etc.)
  • électricité, eau, telecom
  • factures fournisseurs arrivant à échéance
  • abonnements divers (appareil CB, logiciel de caisse etc)
  • remboursements d’emprunt
  • prélèvement d’impôts et acomptes d’IS pour les sociétés
  • cotisations à l’URSSAF des indépendants

Maintenant que vous avez un montant global de dépenses à payer,  quelles sont les solutions si vous êtes à court de trésorerie ? Votre marge de manœuvre est réduite à 4 options :

  • alléger vos sorties de trésorerie à court terme
  • négocier des échelonnements ou reports de paiement
  • obtenir une ligne de crédit ou de découvert
  • solliciter une aide

Vous n’êtes pas seul(e). Toutes les structures relais qui représentent la profession sont mobilisées. Avant même que le confinement ne se mette en place, les syndicats de la branche esthétique cosmétique parfumerie, les chambres des métiers et les fédérations chapeaux (commerce, auto entrepreneurs, PME-TPE…) étaient déjà montées au créneaux pour demander des mesures fortes aux pouvoirs publics, appuyés par des initiatives telle cette pétition de soutien aux auto entrepreneurs qui a réuni plus de 19 000 signatures en 24 H sur le site www.mesopinions.com. En retour, plusieurs mesures exceptionnelles visant à empêcher les défaillances d’entreprises ont déjà été annoncées. D’autres dispositifs visant à relancer l’économie après le confinement vont inéluctablement suivre, au niveau national et européen.

Alléger vos sorties de trésorerie à court terme

Vous disposez de plusieurs leviers pour alléger vos sorties de trésorerie à court terme.

Différer vos charges et impôts à payer

Depuis mars, vous pouvez bloquer le paiement de vos charges.

Que vous soyez employeur, indépendant(e) TNS sans salariée ou auto entrepreneur, l’URSSAF des Indépendants vous permet de différer le paiement de vos charges sans pénalités de retard. Il en va de même pour les acomptes d’impôts sur les sociétés, qui peuvent être décalés ou même faire l’objet d’une remise gracieuse sur demande motivée.

Comment faire pour différer mes charges si je suis en auto-entreprise ? Connectez-vous à votre compte en ligne, sélectionnez « messagerie », « nouveau message », « gestion de mon auto-entreprise », « je rencontre des difficultés de paiement ».

Utiliser le chômage partiel

Les salaires chargés représentent en moyenne plus de la moitié des dépenses de trésorerie mensuelles d’un institut qui emploient des salarié(e)s. Non, le chômage technique n’est pas réservé aux grandes entreprises. Le chômage technique (ou chômage partiel) est une solution que vous pouvez mettre en place en quelques clics et qui s’applique désormais en seulement 48 heures. L’avantage est triple :

  • les salarié(e)s et apprenti(e)s continuent de percevoir une indemnité à hauteur du SMIC (ou 84 % de leur salaire net s’il supérieur au SMIC)
  • L’institut reçoit une aide en contrepartie de l’indemnité
  • L’indemnité n’est pas considérée comme un salaire par l’URSSAF et l’institut est donc dispensé de régler des charges sociales (hormis CSG et CRDS obligatoires)

Parmi les mesures exceptionnelles annoncées par le gouvernement, le montant de l’aide donnée aux entreprises ayant des salariés au chômage technique est passé du SMIC horaire à 100 % des montants versés par l’entreprise. Concrètement, les chefs d’entreprises devront avancer les salaires à verser chaque mois, puis se faire rembourser après avoir effectué leur déclaration mensuelle.

En savoir plus : pour connaitre les modalités pratiques, vous pouvez lire l’article consacré au sujet sur le site (ici).

Suspendre les charges courantes en cas de difficultés

Autre poste de dépense obligatoire et souvent conséquent pour les professionnels de l’esthétique : le loyer. Or, ne pas payer le loyer d’un local commercial expose à des poursuites qui peuvent rapidement amener une petite entreprise au dépôt de bilan. C’est pourquoi le gouvernement a décidé de suspendre en mars le paiement des loyers, de même que le paiement des factures d’eau et d’énergie, pour les entreprises rencontrant des difficultés.

Qui pouvez-vous contacter ? Le médiateur des entreprises

Négocier des échelonnements

Auprès des fournisseurs

Face à la situation exceptionnelle qui vous prive de chiffre d’affaires, certains instituts qui paient à 30 jours par LCR risquent d’être en difficulté pour régler leurs factures fournisseurs à échéance. Dans ce cas, se rapprocher de votre fournisseur pour négocier un report à l’amiable est la meilleure solution. En cas de difficulté, l’institut peut saisir le médiateur des entreprises qui prendra contact en 48 H.

Auprès de la banque

La perte d’exploitation liée au Coronavirus inquiète à juste titre les professionnel(le)s de l’esthétique qui ont contracté des emprunts bancaires, en particulier celles qui viennent de s’installer récemment. Vous craignez de ne pas pouvoir faire face à vos prochaines échéances ? Vous pouvez demander un plan d’étalement de vos échéances, avec l’appui de l’état et de la Banque de France (médiation du crédit).

Qui pouvez-vous contacter ? Dans chaque région, la DIRECCTE vous propose un correspondant qui peut vous vous accompagner dans vos démarches. Accédez ici à la page « entreprise » de la Banque de France et téléchargez l’article d’actualité consacré.

Solliciter un prêt de trésorerie ou un découvert

Pour éviter des faillites en chaîne dues à un défaut de trésorerie, BPI FRANCE se porte désormais garant à hauteur de 90 % pour les prêts de trésorerie et les découverts dont vous pourriez avoir besoin pour traverser cette période difficile. Ainsi, vous pouvez solliciter un prêt de 3 à 5 ans sans garantie, avec différé de remboursement du capital, ou un simple découvert temporaire. Le dossier se fait auprès de votre banque habituelle, sachant que BPI FRANCE s’est donné 5 jours ouvrés pour répondre aux demandes. Attention, toutefois : contrairement aux annonces media qui laissent croire que toutes les entreprises ont accès à ce dispositif sans condition, l’octroi d’un prêt reste soumis à l’acceptation préalable de votre banque… En d’autres termes, il faut vous attendre à défendre votre dossier, pièces comptables à la main, comme pour un prêt « classique ».  Et peut être vous voir refuser le prêt si la solvabilité de votre entreprise (avant la crise sanitaire) était déjà en mauvaise santé.

A qui s’adresser ? BPI FRANCE a mis en place un numéro vert (0 969 370 240) pour répondre à vos questions et vous orienter vers des directions régionales.

Se rapprocher de votre assurance

Vous avez souscrit une assurance couvrant la perte d’exploitation pour votre institut, va t-elle vous couvrir durant la période de fermeture ? Il est temps de ressortir votre contrat et de lire les « petites lignes ». A savoir, cependant : ces assurances sont généralement inutiles dans la situation actuelle, car les risques systématiques (c’est à dire globaux, comme les guerres ou les épidémies) font généralement parties des exclusions de garantie. A vérifier tout de même.

Concernant les contrats de prévoyance assurant contre la perte de salaires (indépendants en SAS ou SASU), l’assurance joue UNIQUEMENT en cas d’arrêt maladie, c’est à dire si vous avez vous même contracté le virus.  Inutile, donc, de contacter votre prévoyance pour pallier le manque de chiffre d’affaires durant la période de fermeture obligatoire liée à l’épidémie.

Demander des aides

L’aide d’urgence aux petites entreprises

Dés lundi 16 mars, le gouvernement annonçait la création d’un fonds de solidarité doté de 2 milliards d’euros pour le mois de mars, destiné spécifiquement à aider les TPE et auto entrepreneurs privés de chiffre d’affaires durant le confinement. Cette mesure est particulièrement intéressante pour les indépendantes du secteur de l’esthétique qui ne peuvent bénéficier des mesures de chômage partiel destinées aux salarié(e)s, et qui pourront obtenir une indemnité de 1500 euros pour le mois de mars 2020 sur simple demande. Cette mesure d’aide concerne :

  • tous les commerces frappés d’interdiction d’ouvrir (à condition de réaliser un chiffre d’affaires de 1 million d’euros au maximum),
  • et tous les autres professionnels s’ils ont enregistré une baisse de chiffre d’affaires d’au moins 50 % par rapport à mars 2019

En avril, les règles ont été modifiées pour assouplir le recours à l’aide. Ainsi, vous pourrez bénéficier de l’aide si vous avez subi une perte de 50 % par rapport à la moyenne de votre chiffre d’affaires mensuel en 2019 (et non pas seulement en fonction seulement de votre activité en avril 2019).

A qui s’adresser : une déclaration mensuelle en ligne doit être faite (www.impots.gouv.fr via votre compte fiscal personnel) avant le 30 avril 2020.

Bon à savoir : Si votre institut emploie au moins un(e) salarié(e) et se trouve en cessation de paiement, vous pouvez également solliciter le fonds de solidarité pour constituer un dossier d’aide plus conséquent (étude au cas par cas).

Le revenu de substitution des indépendants (à partir d’avril)

Si les salarié(e)s et apprenti(e)s de la filière esthétique ont pu bénéficier dès le mois de mars d’un maintien de salaire grâce au chômage partiel, les gérantes de salons esthétiques, prothésistes ongulaires, dermographes et techniciennes du cil à leur compte, ainsi que toutes les professionnelles exerçant à domicile se trouvent sans revenu : une situation invivable pour ces toutes petites entreprises qui construisent leur trésorerie au jour le jour. Alors que le confinement se poursuit et que les professionnelles de l’esthétique sont privées de travailler depuis plus d’un mois, une nouvelle aide vient d’être annoncée sous la forme d’un revenu de substitution pour le mois d’avril.

Cette fois, il ne s’agit pas d’une aide à l’entreprise mais bien d’une indemnité « perte de gain » destinée spécifiquement aux chefs d’entreprises (y compris les auto entrepreneurs). Elle est donc cumulable avec le fonds de solidarité de 1500 euros destiné aux petites entreprises. D’un montant variable, ce revenu, versé par la caisse de retraite des indépendants, sera calculé en fonction des cotisations sociales versées en 2019 et ne pourra dépasser 1250 euros net d’impôts et de cotisations sociales. Avec deux conditions cependant : s’être immatriculé(e) avant le 1 er janvier 2019 à la CMA et être en activité au 15 mars 2020.

Bon à savoir : aucune démarche administrative n’est à effectuer pour bénéficier du revenu de substitution, qui sera viré automatiquement fin avril par l’URSSAF à tout indépendant remplissant les conditions d’octroi.

L’aide sociale

Pour pallier les situations de perte de revenus, vous pouvez constituer un dossier pour demander l’aide financière exceptionnelle à l’ASS (Action Sanitaire et Social) des indépendants. Ce fonds intervient pour soutenir tous les indépendants, y compris si vous êtes auto-entrepreneur. Attention toutefois, les aides sont attribuées par une commission qui étudie votre dossier personnel : il ne s’agit PAS d’un droit automatique ! Aussi, il est conseillé de mettre toutes les chances de votre côté en remplissant avec attention le dossier et en joignant un courrier expliquant votre situation professionnelle et personnelle (les deux critères sont pris en compte), sans oublier les justificatifs prouvant que votre activité, notamment si vous avez peu d’antériorité dans votre activité (par exemple : votre agenda en ligne avec les rendez-vous annulés).

Comment demander l’aide sociale ? Sur le site Sécurité Sociale des Indépendants, sélectionnez « action sociale » puis « demander une aide » puis « aide financière exceptionnelle ».

Vous rapprocher de toutes les structures locales

Depuis le début de la crise sanitaire, les annonces de soutien aux petites entreprises se multiplient aussi à l’échelon local. Au fil des jours, Chambre des Métiers, Chambres de commerce, Régions, Communes mêmes, s’engagent pour tenter de sauver le tissu économique et l’emploi sur leurs territoires. Bonne nouvelle : toutes ces aides sont cumulables. Cependant, les petites entreprises sont confrontées à une double difficulté. D’une part, ces aides sont éparpillées, d’autre part, pour en profiter, encore faut-il les solliciter… ce qui suppose de les connaitre. Or, la plupart de ces mesures sont bien moins médiatisées que le Fonds de solidarité national.

Il est donc conseillé de vous rapprocher de la Chambre des Métiers dont vous dépendez pour connaitre les dispositifs d’aides spécifiques qui se mettent en place au niveau de votre région. Par ailleurs, la situation étant encore évolutive, il peut être utile de consulter de temps en temps les sites de votre région / département / Commune.

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